7 Magazine Réunion, L’actualité people et lifestyle à l’île de la Réunion
7 Magazine Réun
Actualité

[Témoignage] J’ai 35 ans et je viens d’être diagnostiquée autiste.


[Témoignage] À 35 ans Lisa a enfin compris pourquoi elle s'est toujours sentie “à côté”. Pendant des années, elle a cru qu'elle était simplement trop sensible, trop exigeante, trop bizarre. On l’a souvent décrite comme « intense », « perfectionniste », « solitaire », parfois « froide ». En réalité, elle était surtout épuisée à jouer un rôle sans le savoir.


Par Chloé Grondin - Publié le Jeudi 12 Février 2026 à 14:52

[Témoignage] J’ai 35 ans et je viens d’être diagnostiquée autiste.
Lisa*, une timide jeune femme de 35 ans, en couple qui affiche un joli petit ventre arrondi... Elle vient de voir un énorme poids tombé avec la révélation de son autisme à 35 ans... Par hasard. Elle tient à témoigner aujourd'hui pour les autres : "Quand le mot est tombé, je n’ai pas pleuré. J’ai respiré. Pour la première fois de ma vie, tout avait un sens.

Petite, j’étais une enfant discrète, studieuse, toujours plongée dans mes livres. On disait que j’étais sage. En vérité, j’observais. J’imitais. J’apprenais les codes sociaux comme on apprend une langue étrangère. Comment sourire au bon moment, je le comprends maintenant... Quand regarder dans les yeux. Comment ne pas parler trop longtemps d’un sujet qui me passionne.
J’ai compris très tôt qu’il fallait se fondre dans le décor.

À l’adolescence, c’est devenu plus compliqué. Les amitiés entre filles sont faites de sous-entendus, de non-dits, de hiérarchies invisibles. Je ne comprenais pas toujours ce qui m’échappait. Pourquoi on me reprochait d’être distante alors que je faisais tant d’efforts. Pourquoi je rentrais chez moi vidée après une simple journée de lycée.

Je pensais que tout le monde se sentait comme ça. À 20 ans, puis à 30, j’ai continué à “fonctionner”. Études, travail, couple. En surface, tout allait bien. J’étais autonome, organisée, fiable. Mais chaque interaction sociale me demandait une énergie folle. Les open spaces me submergeaient. Les lumières, les bruits, les conversations croisées me donnaient la sensation d’avoir le cerveau saturé.

Je faisais des burn-out sans comprendre pourquoi. On parlait d’anxiété. De dépression. De hypersensibilité. Jamais d’autisme.
Parce que je suis une femme.

On m’a expliqué plus tard que les filles apprennent très tôt à masquer leurs particularités. À observer, à copier, à se conformer. Nous sommes souvent diagnostiquées tardivement, parce que nous “passons sous les radars”. Nous compensons. Nous camouflons. Jusqu’à l’épuisement.

C’est après un énième effondrement, à 34 ans, que j’ai commencé à chercher. Je me suis reconnue dans des témoignages de femmes autistes. Pas dans les clichés. Pas dans l’image du petit garçon passionné de trains. Mais dans cette fatigue sociale constante. Dans cette impression d’être différente sans savoir pourquoi. Dans cette capacité à analyser les autres sans jamais me sentir vraiment intégrée. Et puis la rencontre, le déclic. C'est lors de l'anniversaire de ma soeur que j'ai rencontré celle qui m' permis d'ouvrir les yeux. Karine est une amie de longue date de notre famille, médecin. Elle est venue vers moi avec toute sa bienveillance alors que je rêvais d'être seule, et m'a suggéré d'explorer cette piste. J'ai tout de suite compris qu'elle avait raison.

Le diagnostic n’a pas été une étiquette de plus. Il a été une clé.
Il m’a permis de relire toute ma vie avec douceur. Non, je n’étais pas “trop”. J’étais autrement. Non, je n’étais pas inadaptée. Mon cerveau fonctionne différemment.

Aujourd’hui, j’apprends à enlever le masque. À dire non aux situations qui me surchargent. À accepter mes besoins de solitude sans culpabilité. À expliquer à mes proches que si je ne regarde pas toujours dans les yeux, ce n’est pas du désintérêt. C’est juste ma manière d’être.

Je ne suis pas devenue autiste à 35 ans. Je l’ai toujours été.
La différence, c’est qu’aujourd’hui, je me comprends, mon compagnon est lui aussi soulagé. Et pour la première fois, je me sens légitime d’exister telle que je suis et nous attendons un bébé miracle qui ne venait pas". 

*Prénom d'emprunt