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[TEMOIGNAGE] Notre sœur, la préférée de notre mère


[TEMOIGNAGE] Nous sommes trois filles. Trois caractères, trois parcours, trois façons d’aimer. Mais depuis l’enfance, il y a toujours eu cette impression diffuse que notre soeur cadette a quelque chose en plus aux yeux de maman. Un regard plus doux, une indulgence plus grande, des excuses qu’on ne nous accordait pas et que l'on ne nous accorde toujours pas.
*Prénoms d'emprunt


Par Chloé Grondin - Publié le Mercredi 11 Février 2026 à 13:33

Sophie a aujourd'hui 43 ans, sa soeur Sabine 38 ans et sa petite soeur Noémie 35 ans. Trois filles désirées mais manifestement aimées différemment par leur mère.Pendant longtemps, Sophie n’a pas osé le dire mais aujourd'hui elle souhaite parler : " C’est comme un secret de famille que tout le monde connait, mais que personne ne formule à voix haute. Oui, notre sœur est la préférée de notre mère. Maman et elle ont toujours formé un petit clan à part, où même notre père n'avait pas sa place.". D'ailleurs depuis le décès de celui-ci les choses, selon elle, n'ont fait que prendre de l'ampleur.

Sophie raconte : " Petites, ça se traduisait par des détails. Sabine pouvait rentrer plus tard sans se faire gronder. Quand elle oubliait une tâche, maman disait qu’elle était fatiguée. Quand c’était nous, on parlait de manque d’effort. À table, c’était souvent elle que maman servait en premier et avec le meilleur morceau. Et quand il fallait choisir une activité, c’était souvent la sienne qui l’emportait.".

Elle poursuit : " On a grandi avec ce sentiment d’injustice, sans trop savoir quoi en faire. On s’est demandé ce qui nous manquait. Était-elle plus brillante ? Plus fragile ? Plus attachante ? Avions-nous fait quelque chose de travers ? À force, on a fini par intégrer l’idée que pour être aimées de la même manière, il fallait mériter davantage. Puis on a fini par laisser tomber et faire très vite nos propres vies."

La soeur aînée raconte encore : " À l’adolescence, les différences sont devenues plus visibles. Notre sœur faisait des erreurs, parfois graves, mais maman trouvait toujours une explication. “Elle traverse une période difficile.” “Elle a besoin de soutien.” Nous aussi, on traversait des tempêtes. Mais on avait le sentiment qu’on devait être fortes, responsables, presque irréprochables.

Le plus douloureux, ce n’était pas tant les privilèges. C’était le silence. Le fait que nos ressentis ne soient jamais vraiment entendus. Quand on osait évoquer une injustice, on nous répondait qu’on exagérait, qu’on était jalouses, qu’une mère aime tous ses enfants pareil. Notre père est toujours resté silencieux, disant qu'il " ne voulait pas d'histoires" ( sic).
".

Aujourd’hui adultes, Sophie dit comprendre que les choses sont plus complexes : " Peut-être que notre sœur ressemblait davantage à maman. Peut-être qu’elle lui rappelait sa propre fragilité. Peut-être que l’amour ne s’exprime pas toujours de façon équitable, même quand il est sincère". 

Avec le temps, la colère a laissé place à une forme de lucidité. Elle affirme que sa sœur cadette n’est pas responsable de cette préférence. Elle porte aussi un poids : celui d’être celle qu’on regarde plus, celle dont on attend beaucoup, celle qui cristallise les tensions. Le mot de la fin ? " Notre mère nous aime, à sa manière et à son âge les choses ne changeront pas. Je l'ai intégré, ma petite soeur aussi et nous vivons avec, très proches l'une de l'autre laissant ma mère et sa préférée dans leur bulle ".