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Trafic de chiots sur Internet : derrière les annonces attendrissantes, un commerce clandestin très lucratif


Un chiot adorable, une vidéo publiée sur les réseaux sociaux et un prix bien inférieur à celui pratiqué par les éleveurs : l’offre peut sembler irrésistible. Pourtant, derrière certaines petites annonces se cache un trafic international particulièrement organisé. Faux passeports, animaux importés trop jeunes, élevages clandestins et risques sanitaires : près de 100 000 chiens seraient introduits illégalement en France chaque année.


Par A. Belize - Publié le Vendredi 4 Septembre 2026 à 06:00

Photo de freestocks.org
Photo de freestocks.org

Ils sont minuscules, photogéniques et appartiennent souvent aux races les plus recherchées du moment. Teckels, spitz, caniches ou labradors apparaissent par centaines sur les réseaux sociaux et les plateformes de petites annonces. Quelques photos suffisent parfois à convaincre un futur propriétaire.

Mais derrière certaines de ces images se cache une réalité beaucoup moins attendrissante.

Des chiots peuvent être élevés à l'étranger dans des conditions difficiles, transportés sur des milliers de kilomètres, accompagnés de documents falsifiés puis proposés à la vente en France à des prix particulièrement attractifs. Un commerce clandestin devenu extrêmement rentable.

Emeline Ponot, présidente de l'association de sauvetage EMBE, en connaît les conséquences. Son association a notamment recueilli de jeunes teckels après le démantèlement d'un important trafic entre la France et la Roumanie. Des animaux qui avaient été proposés illégalement à la vente sur Internet.

Le prix constitue l'un des principaux arguments des trafiquants. Un chien vendu autour de 1 800 ou 2 000 euros dans un élevage traditionnel peut être proposé clandestinement pour environ 900 euros en espèces. Une différence suffisamment importante pour attirer des acheteurs qui pensent simplement avoir trouvé une bonne affaire.

La facilité avec laquelle ces transactions peuvent être organisées accentue le phénomène. Quelques messages échangés sur Internet peuvent suffire pour convenir d'un rendez-vous et repartir avec un animal, parfois sans réellement connaître son origine.

Lors d'une enquête menée en caméra cachée, des journalistes ont ainsi contacté une vendeuse proposant deux jeunes spitz à 1 300 euros, alors que leur prix habituel était présenté comme compris entre 1 800 et 2 500 euros.

Au rendez-vous organisé en Picardie, ils découvrent que les deux petites femelles ne viennent pas de France. Nées en Russie, elles auraient transité par la Bulgarie afin d'obtenir des passeports européens avant d'être transportées jusqu'en France.

Un détail pose cependant problème : elles n'ont que cinq mois.

Or, les règles sanitaires encadrant l'importation de jeunes chiens imposent notamment des délais liés à la vaccination contre la rage. Dans le cas présenté, les animaux auraient été introduits trop tôt sur le territoire. La vendeuse s'exposerait à des sanctions pouvant atteindre deux ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende.

Ce cas serait loin d'être isolé. Environ 100 000 chiens seraient importés clandestinement en France chaque année. Certains proviennent de structures d'élevage intensif parfois qualifiées d'« usines à chiots », notamment dans des pays d'Europe de l'Est.

La réalité de leur naissance est alors bien éloignée des vidéos soigneusement sélectionnées pour séduire les acheteurs. Ceux-ci ne voient souvent que quelques secondes de l'animal avant son arrivée et ignorent dans quelles conditions il a été élevé ou transporté.

Cette absence de traçabilité ne constitue pas seulement un problème de bien-être animal. Elle peut également devenir une question sanitaire. Franck Verger, de la Brigade nationale d'enquêtes vétérinaires et phytosanitaires du ministère de l'Agriculture, alerte sur l'arrivée possible de chiots malades et accompagnés de documents falsifiés ou non conformes. Certaines maladies, comme la rage ou la brucellose, font partie des risques surveillés.

Face à des annonces parfois très convaincantes, certains indices peuvent néanmoins permettre aux futurs propriétaires de repérer une situation suspecte.

Le numéro d'identification constitue un premier élément à vérifier. Pour un chien identifié en France, celui-ci comporte 15 chiffres et commence par 250. Un numéro incomplet ou composé selon un format inhabituel doit donc attirer l'attention.

D'autres signaux doivent également inciter à la prudence : un même vendeur proposant de très nombreuses races, des chiots présentés sans leur mère, une transaction organisée dans l'urgence ou encore un prix anormalement bas.

La vigilance est d'autant plus importante que les annonces frauduleuses peuvent parfois donner toutes les apparences de la légalité. Le Bon Coin rappelle que la vente d'animaux par des particuliers est interdite sur sa plateforme, tout en reconnaissant que certaines publications peuvent sembler respecter les règles et être, de ce fait, particulièrement difficiles à identifier comme frauduleuses.

Un défi considérable alors qu'Internet occupe désormais une place centrale dans la recherche d'un animal de compagnie. Selon les chiffres rapportés, six Français sur dix achèteraient aujourd'hui leur animal en ligne.