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Résilience : se reconstruire après le drame de Crans Montana


Il y a des lieux que l’on associe spontanément à la fête, à l’insouciance, à la jeunesse. Et puis, en une nuit, tout bascule. Le drame du bar Suisse Le Constellation, survenu la nuit du 31 décembre, fait partie de ces tragédies qui marquent durablement une société. Ce soir-là, ce qui devait être un moment de divertissement s’est transformé en cauchemar, laissant derrière lui des morts, des blessés, et des vies à jamais fracturées.


Par Chloé Grondin - Publié le Mardi 6 Janvier 2026 à 11:27

Résilience : se reconstruire après le drame de Crans Montana
Face à de tels événements, un mot revient souvent, parfois maladroitement : la résilience. Que signifie-t-il réellement lorsque l’on a été confronté à la peur de mourir, à la perte d’un proche, ou à un traumatisme collectif aussi violent ?

La résilience n’est pas un retour à la normale. Après le drame du Constellation, il n’y a aura pas de « retour » possible. Pour les victimes, leurs familles, les survivants et même les témoins, la vie s’est divisée en un avant et un après. La résilience commence précisément là : dans l’acceptation que plus rien ne sera exactement comme avant.

Être résilient ne veut pas dire pardonner, oublier ou minimiser ce qui s’est passé. La peur, la colère, l’injustice ressenties après l’incendie ont été légitimes. Beaucoup de survivants de tels drames ont évoqué des nuits hantées par les cris, l’odeur de la fumée, la sensation d’étouffement. Le traumatisme s’inscrit dans le corps autant que dans la mémoire. La résilience ne gomme pas ces traces ; elle permet, lentement, d’apprendre à vivre avec elles.

Dans le cas du Constellation, la résilience sera collective. Dans le monde entier, l’émotion a dépassé le cercle des victimes directes. Hommages, rassemblements, silences partagés ont rappelé une vérité essentielle : face à l’horreur, le lien humain devient un appui vital. Se relever seul est presque impossible. Ce sont souvent les proches, les soignants, les psychologues, mais aussi la reconnaissance sociale de la souffrance qui permettent d’amorcer un chemin de reconstruction.

Pour certains, la résilience a pris ou prendra la forme de la parole. Témoigner, raconter, nommer l’indicible permet de reprendre un minimum de contrôle sur ce qui a échappé à toute logique. Pour d’autres, elle est passée ou passera par le retrait, le temps long, parfois le silence. Il n’existe pas une bonne manière de se reconstruire après un drame comme celui du Constellation. Il n’y a que des chemins singuliers, souvent chaotiques.

Ce que révèle ce type de tragédie, c’est aussi la nécessité de transformer la douleur en vigilance. La résilience peut parfois devenir un moteur pour que de telles catastrophes ne se reproduisent pas, à travers des débats sur la sécurité, la prévention, la responsabilité. Donner un sens, même fragile, à l’inacceptable est une étape pour certains dans le processus de reconstruction.

Des années après, le nom du Constellation restera chargé d’émotion. Il renvoie à une nuit de peur et de deuil, mais aussi à la capacité d’une société à faire face ensemble. La résilience ne rend pas justice aux vies perdues, elle ne comble pas l’absence. Mais elle permet, parfois, de continuer à avancer sans renier la mémoire.La résilience comme un acte de survie profondément humain. Une manière de rester debout.