« Je n’ai consulté que lui toute ma vie. Je pensais que tout était normal. »
Elle raconte sans colère apparente, mais avec une lucidité douloureuse. Pendant trois décennies, ce médecin a suivi ses grossesses, ses examens de routine, ses douleurs intimes. Une relation de confiance totale. « Quand on est face à un gynécologue, on est vulnérable. On se déshabille, on s’allonge, on ne voit pas toujours ce qu’il fait. On lui fait confiance. »
Les premières anomalies, dit-elle, étaient verbales. Des remarques qui l’ont mise mal à l’aise. « Il m’a dit que mon utérus était “un vrai petit bijou”. Sur le moment, je me suis demandé si j’étais trop sensible. » Elle évoque aussi des regards insistants, des demandes de se déshabiller entièrement alors que cela ne lui semblait pas nécessaire.
Mais c’est lors de séances de rééducation du périnée que tout bascule. Des rendez-vous longs, seuls dans le cabinet. « Il effectuait des pénétrations digitales répétées, avec des mouvements de va-et-vient qui me paraissaient anormaux. Ce n’était pas ce que j’imaginais d’un acte médical. »
Elle décrit un malaise physique, mais surtout psychologique. « À un moment, j’ai senti qu’il était excité. Il m’a dit : “Vous êtes bonne.” Là, j’ai compris que ce n’était pas médical. »
Elle parle d’un état de sidération. « Je ne bougeais plus. Je n’ai pas crié. Je n’ai pas protesté. Je me suis sentie paralysée. » Un mécanisme bien connu des psychologues face à un choc : le cerveau se met en pause pour survivre à l’instant.
En sortant du cabinet, elle doute d’elle-même. « Je me suis dit que j’avais mal interprété. Que c’était moi qui étais mal à l’aise pour rien. » Le statut du médecin, son ancienneté, sa réputation dans la ville rendent l’accusation impensable.
C'est après cela, qu’elle décide de porter plainte. C’était en 2015. Depuis, plus de 70 femmes ont saisi la justice. C'est seulement 10 ans après, en 2025, que le praticien a été radié de l’Ordre des médecins, mais aucun procès n’a encore eu lieu.
Aujourd’hui, elle dit témoigner « pour celles qui n’osent pas ». Pour rappeler qu’un acte médical ne doit jamais franchir la limite du respect et du consentement.
« On confie son corps à un médecin. On ne devrait jamais avoir à se demander si ce qu’il fait est normal. »
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Actualité
« Je lui ai fait confiance pendant trente ans » : le témoignage d’une patiente face à un gynécologue accusé par plus de 70 femmesAccusé de viols et d’agressions sexuelles par plus de 70 patientes, un ancien gynécologue du nord de la France fait aujourd’hui l’objet de multiples plaintes. L’une des victimes a accepté de raconter, des années après, ce qu’elle dit avoir vécu derrière la porte d’un cabinet médical.Par A. Belize - Publié le Vendredi 27 Février 2026 à 06:00
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