Des prénoms, des âges et derrière chacun d’eux, une famille endeuillée. Devant le tribunal fédéral d’Oakland, en Californie, des parents sont venus rappeler les visages de leurs enfants disparus. À l’intérieur, c’est l’un des groupes les plus puissants de la Silicon Valley qui doit répondre à des accusations particulièrement lourdes : Meta aurait délibérément développé des mécanismes destinés à rendre ses plateformes toujours plus difficiles à quitter, y compris pour les plus jeunes.
Pour certaines familles, ce procès dépasse largement la question du temps passé devant un écran. Elles estiment que l’environnement créé par les réseaux sociaux a exposé leurs enfants à des situations dangereuses et, dans certains cas, aurait joué un rôle dans leur passage à l’acte.
Mary Rodee fait partie de ces parents. Son fils avait presque 16 ans lorsqu’il s’est suicidé. Selon elle, l’adolescent venait de passer plusieurs heures à échanger en ligne avec un adulte qui se serait fait passer pour une jeune femme. Pour cette mère, impossible de réduire ce drame à un acte imprévisible : elle considère au contraire qu’il révèle les failles d’un système numérique insuffisamment protecteur envers les mineurs.
Meta est aujourd’hui mise en cause par une trentaine d’États américains. Devant les jurés, la procureure générale adjointe de Californie, Megan O’Neill, a annoncé vouloir démontrer, documents et témoignages à l’appui, comment l’entreprise aurait attiré les adolescents sur ses services, cherché à les y maintenir le plus longtemps possible et collecté leurs données, tout en minimisant certains risques.
Au cœur des accusations se trouve donc le modèle même des plateformes : notifications, recommandations personnalisées, défilement continu et algorithmes capables de proposer sans cesse de nouveaux contenus. Des fonctionnalités désormais banales, mais dont les effets sur les adolescents sont de plus en plus questionnés.
Pour Lennon Torres, membre de l’organisation HEAT Initiative, Instagram ne devrait même plus être considéré comme un simple réseau permettant de rester en contact avec ses proches. Il dénonce une plateforme organisée autour de l’engagement des utilisateurs et susceptible, selon lui, de faciliter l'action de prédateurs.
Les enjeux financiers sont considérables. Quelque 200 milliards de dollars de pénalités seraient réclamés à Meta, ainsi qu’une transformation profonde du fonctionnement de ses applications. Une décision défavorable pourrait ainsi avoir des conséquences bien au-delà de Facebook et Instagram, en posant la question de la responsabilité des plateformes dans la protection des enfants.
Meta, de son côté, rejette l’essentiel des accusations. Le groupe reconnaît toutefois un désaccord concernant la collecte de données de certains mineurs sans consentement parental. L'entreprise fait notamment valoir que ses services sont officiellement interdits aux moins de 13 ans et conteste l’application qui est faite à son égard de certaines obligations.
Le procès devrait se poursuivre pendant plusieurs semaines, avec un verdict attendu en octobre.
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Procès de Meta : des parents accusent Instagram et Facebook d’avoir contribué au suicide de leurs enfantsAux États-Unis, Meta fait face à un procès hors norme. Soutenus par plusieurs États américains, des parents ayant perdu leurs enfants accusent le géant de la tech d’avoir conçu Instagram et Facebook pour capter toujours plus longtemps l’attention des adolescents, au détriment de leur sécurité et de leur santé mentale. L’entreprise conteste l’essentiel des accusations.Par A. Belize - Publié le Jeudi 20 Août 2026 à 06:00
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