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L’illusion du job passion


“Fais ce que tu aimes et tu ne travailleras jamais un seul jour.” La promesse est séduisante. Pourtant, derrière l’idéal du job passion se cache parfois une pression nouvelle : celle de transformer chaque talent en performance et chaque envie en productivité.


Par A. Belize - Publié le Vendredi 20 Février 2026 à 11:03

 

On nous a vendu l’idée d’un travail aligné, vibrant, inspirant. Un métier qui nous ressemble, qui nous stimule, qui donne du sens à nos journées. Et si possible, qui nous rende heureuses en permanence. Le “job passion” est devenu un objectif presque moral : il faudrait aimer ce que l’on fait, sinon on se tromperait de vie.

Au départ, l’idée est belle. Chercher un métier qui nous correspond, refuser l’ennui, aspirer à plus de cohérence. Mais la frontière est fine entre ambition saine et exigence permanente. Quand la passion devient travail, elle change de nature. Elle se structure, se mesure, se rentabilise.

Beaucoup de femmes témoignent d’un paradoxe : exercer un métier qu’elles aiment… tout en se sentant épuisées. Parce qu’aimer son travail ne le rend pas moins exigeant. Les deadlines existent toujours. La pression aussi. Et parfois, le fait d’aimer ce que l’on fait rend encore plus difficile l’idée d’échouer ou de ralentir.

Le job passion peut aussi brouiller les limites. On accepte de travailler plus, de se rendre disponible en permanence, parce que “ce n’est pas vraiment du travail”. Le plaisir devient justification de la surcharge. La fatigue, elle, ne disparaît pas.

Il y a également cette autre illusion : croire qu’un métier doit nous combler entièrement. Comme s’il devait répondre à tous nos besoins — reconnaissance, créativité, stabilité, excitation. Or aucun poste ne peut porter seul le poids de nos aspirations.

De plus en plus de femmes repensent ce modèle. Elles cherchent un travail intéressant, certes, mais aussi équilibré. Un travail qui laisse de la place à la vie personnelle, aux relations, aux loisirs. La passion peut exister ailleurs que dans la fiche de poste.

Aimer son métier est un privilège. Mais ce n’est pas une obligation. Et surtout, ce n’est pas une garantie de bonheur permanent.

Peut-être que la vraie maturité professionnelle consiste à accepter qu’un travail puisse être satisfaisant, sans être une vocation. Stable, sans être exaltant chaque jour. Suffisant, sans être total.