Dans Gourou, Pierre Niney incarne un homme magnétique, sûr de lui, capable de capter une pièce entière d’un simple regard. Au départ, son personnage semble offrir des réponses. Il parle de liberté, de confiance en soi, de dépassement. Il rassure, inspire, rassemble. Puis, lentement, quelque chose se fissure.
Le film joue précisément sur cette ambiguïté. À quel moment un leader devient-il manipulateur ? Où se situe la frontière entre influence positive et domination psychologique ? C’est dans cette zone grise que le scénario trouve sa force.
Psychologiquement, Gourou s’appuie sur des mécanismes bien réels. Le besoin d’appartenance, par exemple. Dans les périodes de doute ou de fragilité, beaucoup cherchent un cadre, une voix forte, une direction. Le personnage incarné par Niney comprend cette faille et s’y engouffre avec finesse. Il valorise, puis isole. Il rassure, puis déstabilise. Toujours avec douceur.
Le film met en lumière ce que les psychologues appellent l’emprise : un processus progressif, rarement spectaculaire. Il ne s’agit pas de cris ou de violence immédiate, mais d’un glissement. La victime ne se rend pas compte qu’elle cède du terrain. Elle croit choisir, alors qu’elle est déjà influencée.
Dans la réalité, ces dynamiques ne concernent pas uniquement les sectes ou les figures extrêmes. Elles peuvent exister dans des relations amoureuses, professionnelles ou amicales. Charisme, discours rassurant, promesses d’évolution personnelle : autant d’éléments qui séduisent avant de contraindre.
Ce que le film réussit particulièrement bien, c’est montrer que l’emprise ne repose pas uniquement sur la perversité d’un individu, mais aussi sur la vulnérabilité de ceux qui cherchent des réponses. Il questionne notre époque, obsédée par le développement personnel et les figures d’autorité inspirantes.
Pierre Niney livre une performance subtile, presque dérangeante. Son personnage n’est pas caricatural. Il est crédible. Et c’est précisément ce qui trouble.








