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Attentat raciste à Trappes : qui est Kévin T., le suspect au profil inquiétant ?


Cinq jours après l'attaque meurtrière de Trappes et de La Verrière, dans les Yvelines, de nouveaux éléments permettent de mieux comprendre le parcours de Kévin T., 39 ans. Décrit par ses proches comme un homme solitaire, progressivement gagné par des discours racistes, le suspect est également suivi pour schizophrénie. Entre radicalisation idéologique présumée, troubles psychiatriques et interrogations sur ses motivations, les enquêteurs tentent de reconstituer les circonstances d'un drame qui a coûté la vie à un jeune homme de 26 ans.


Par A. Belize - Publié le Jeudi 29 Octobre 2026 à 11:00

Post Facebook de Jean-Michel Gorsse du 26 Octobre 2026
Post Facebook de Jean-Michel Gorsse du 26 Octobre 2026

Le 23 octobre, une série de coups de feu a bouleversé les communes de Trappes et de La Verrière, dans les Yvelines. Un homme de 26 ans, Pengo Bossio Wangi, Français d'origine congolaise, a perdu la vie. Sept autres personnes ont été blessées, dont quatre grièvement, parmi lesquelles une enfant de 11 ans.

Au centre de l'enquête figure Kévin T., un homme de 39 ans interpellé peu après les faits. Cinq jours après l'attaque, les témoignages recueillis auprès de son entourage et les premières investigations judiciaires dessinent le portrait d'un individu isolé, dont les convictions auraient évolué au fil des années vers des idées de plus en plus racistes.

Selon les éléments communiqués par le Parquet national antiterroriste (Pnat), le suspect ne conteste pas les faits matériels qui lui sont reprochés, mais réfute leur caractère raciste.

Une position qui contraste avec les premières conclusions des enquêteurs. Lors d'une conférence de presse, le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a expliqué que le profil des victimes et certains propos attribués au suspect avaient conduit la justice à retenir la circonstance aggravante liée au racisme.

Une enquête a ainsi été ouverte pour assassinat et tentatives d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, avec une circonstance aggravante tenant à l'appartenance réelle ou supposée des victimes à une origine, une ethnie ou une religion.

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, a pour sa part estimé que le suspect avait agi sous l'emprise de la haine raciste. Les investigations devront toutefois établir précisément ses motivations et les circonstances de son passage à l'acte.

Né à Saint-Cyr-l'École, Kévin T. a passé une grande partie de sa vie dans les Yvelines. Il a notamment habité à Guyancourt, avant de s'installer à Plaisir, où il vivait seul.

À Guyancourt, il avait noué des liens avec plusieurs voisins autour d'un potager collectif. De cette activité étaient nées des amitiés et même un groupe de discussion surnommé le « gang du potager ».

Mais selon plusieurs anciens proches interrogés par Mediapart, son discours aurait progressivement changé.

Au fil des années, l'homme aurait développé une obsession pour les questions d'immigration, tenant des propos de plus en plus hostiles envers les personnes étrangères ou perçues comme telles.

Ses amis racontent un quotidien rythmé par les chaînes d'information en continu, dont il reprenait régulièrement certaines analyses politiques. Plusieurs auraient tenté de discuter avec lui et de remettre en question ses convictions, sans parvenir à modifier son point de vue.

Ces témoignages éclairent une possible évolution idéologique, sans suffire à établir à eux seuls un lien de causalité entre sa consommation médiatique et l'attaque.

Le parcours du suspect apparaît néanmoins plus complexe qu'une adhésion ancienne et constante à un même courant politique.

En 2018, Kévin T. avait participé à un événement public de l'Association France Palestine Solidarité, aux côtés de connaissances de Guyancourt. L'organisation a confirmé sa présence sur une photographie diffusée sur les réseaux sociaux, tout en précisant qu'il n'avait jamais été adhérent ni donateur.

Il aurait également fréquenté l'association Résistance à l'agression publicitaire, où un militant local se souvient l'avoir rencontré. Ce dernier affirme cependant que ses prises de position racistes l'avaient ensuite rendu difficilement fréquentable.

Lors de la perquisition de son domicile, les policiers ont découvert plusieurs ouvrages, dont Mein Kampf, le manifeste antisémite d'Adolf Hitler, ainsi qu'une Bible et un Coran.

La présence de ces livres constitue un élément examiné par les enquêteurs, mais ne permet pas, à elle seule, de déterminer les convictions exactes du suspect.

Son éventuelle proximité avec un parti politique fait également l'objet de controverses. Alors que Le Monde avait rapporté, sur la foi d'une source anonyme, la découverte de documents du Rassemblement national dans sa voiture, le procureur antiterroriste a affirmé qu'aucun tract politique n'y avait été retrouvé.

Le RN a annoncé engager des poursuites en diffamation contre le quotidien, contestant cette information. À ce stade, aucune appartenance active du suspect à un parti politique n'a été établie.

Les investigations ont par ailleurs révélé la présence d'un important équipement dans le véhicule utilisé lors de l'attaque.

Les policiers y ont découvert un pistolet-mitrailleur de calibre 9 mm, des chargeurs, des munitions, un pointeur laser, un couteau, une bombe lacrymogène, une paire de menottes et un brassard portant la mention « POLICE ».

Son appartement avait également été piégé à l'aide de bouteilles de gaz reliées à des fils électriques et à un minuteur, selon les informations du parquet.

Ces découvertes constituent des éléments majeurs de l'enquête, notamment pour déterminer le degré de préparation de l'attaque.

Sur le plan personnel, Kévin T. travaillait dans le secteur des hydrocarbures. Certaines sources proches du dossier évoquent un comportement parfois violent dans son environnement professionnel.

Il était toutefois inconnu des services de renseignement. Son casier judiciaire comportait quatre anciennes condamnations de droit commun, notamment liées à des infractions routières et à la consommation de stupéfiants, toutes réhabilitées de plein droit.

Les analyses réalisées après son arrestation ont également révélé la présence de cannabis et de cocaïne dans son organisme, selon le Pnat.

Autre élément important : le suspect avait été diagnostiqué schizophrène et suivait un traitement médical.

Dimanche 25 octobre, sa garde à vue avait été suspendue après un examen psychiatrique, afin qu'il puisse être placé en observation. Elle a finalement repris lundi, après une nouvelle évaluation médicale.

Selon Olivier Christen, le psychiatre n'a alors relevé ni symptômes de décompensation aiguë, ni signes d'une activité hallucinatoire ou délirante justifiant une hospitalisation sous contrainte.

Ces constatations ne permettent cependant pas de trancher la question de son discernement au moment des faits. Des expertises complémentaires devront déterminer si son trouble psychiatrique a pu altérer ou abolir sa capacité à comprendre et à contrôler ses actes.

Il reste également essentiel de distinguer la maladie mentale d'une éventuelle motivation idéologique : un diagnostic de schizophrénie ne constitue pas, en lui-même, une explication à un acte de violence ou de terrorisme.

Pour l'avocat de la famille de Pengo Bossio Wangi, Yassine Bouzrou, la dimension raciste et terroriste doit demeurer centrale dans les investigations.

Au-delà du parcours individuel de Kévin T., cette affaire relance les interrogations sur la diffusion des discours de haine et la difficulté à identifier certains individus susceptibles de passer à l'acte.

Devant l'Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a notamment alerté sur la responsabilité des mots dans l'installation d'un climat de violence.