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Afghanistan : cinq ans après le retour des talibans, les femmes ont presque disparu de l’espace public


Cinq ans après la reprise de Kaboul par les talibans, les promesses d’un régime plus modéré semblent bien loin. Privées d’éducation, écartées de nombreux emplois et soumises à une multitude d’interdictions, les Afghanes vivent sous un système qui les exclut progressivement de la société. Alors que les talibans cherchent à gagner en légitimité sur la scène internationale, les ONG redoutent que le sort des femmes ne soit relégué au second plan.


Par A. Belize - Publié le Dimanche 16 Août 2026 à 06:00

Photo by zarif amir from Pexels
Photo by zarif amir from Pexels

Cinq années ont passé depuis le retour des talibans au pouvoir en Afghanistan. En août 2021, certains observateurs voulaient encore croire à l’émergence d’un mouvement différent de celui qui avait dirigé le pays dans les années 1990. Une illusion qui s’est rapidement dissipée.

Depuis leur arrivée à Kaboul, les fondamentalistes ont progressivement imposé une série de restrictions qui bouleversent la vie des Afghanes. Environ 150 décrets encadreraient aujourd’hui leur quotidien, réduisant considérablement leur accès à l’éducation, au travail et, plus largement, à l’espace public.

Une politique d’exclusion systématique que plusieurs organisations de défense des droits humains qualifient désormais d’« apartheid de genre ». Des ONG militent pour que cette notion puisse être reconnue comme un crime contre l’humanité et appellent la communauté internationale à ne pas normaliser ses relations avec le régime.

C’est dans ce contexte qu’une délégation talibane a été reçue à Bruxelles en juin pour discuter notamment du retour d’Afghans dans leur pays. Une rencontre vivement critiquée par Human Rights Watch, qui déplore que la question des droits des femmes n’ait pas été placée au cœur des discussions.

Pour Fereshta Abbasi, chercheuse afghane au sein de l’organisation, accepter des échanges uniquement centrés sur des questions techniques représente un risque : celui de permettre aux talibans de développer progressivement leurs relations internationales sans avoir à répondre de leur politique envers les femmes.

Le régime a d’ailleurs présenté cette rencontre comme une étape historique dans ses relations avec l’Union européenne, renforçant les inquiétudes de ceux qui redoutent une forme de normalisation diplomatique.

Car cinq ans après leur retour au pouvoir, les talibans cherchent toujours à consolider leur place sur la scène mondiale. La Russie est à ce jour le seul pays à avoir officiellement reconnu leur gouvernement, tandis que la Chine dispose d’un ambassadeur à Kaboul.

De leur côté, le Pakistan, l’Iran et plusieurs États d’Asie centrale entretiennent des relations avec des représentants afghans, notamment pour préserver leurs échanges économiques et commerciaux.

Les pays occidentaux restent beaucoup plus prudents. Reconnaître officiellement un gouvernement qui impose des restrictions aussi importantes aux femmes représenterait un choix diplomatique particulièrement sensible.

Pour Fereshta Abbasi, le comportement du régime rend précisément cette reconnaissance extrêmement difficile. L’Afghanistan demeure aujourd’hui le seul pays au monde où les filles et les femmes sont privées d’accès à l’enseignement secondaire et supérieur.

La justice internationale s’est pourtant saisie du dossier. En 2025, la Cour pénale internationale a délivré deux mandats d’arrêt pour persécution fondée sur le genre, dont l’un visant le chef suprême des talibans.

Une décision symboliquement forte, mais qui n’a jusqu’à présent pas changé la réalité quotidienne des Afghanes.

Cinq ans après la chute de Kaboul, leur exclusion continue donc de s’installer dans la durée. Et tandis que le régime cherche à multiplier les contacts diplomatiques à l’étranger, les défenseurs des droits humains alertent sur un danger : voir les relations internationales reprendre progressivement sans que les droits des femmes afghanes ne redeviennent une condition incontournable du dialogue.