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Portraits Créoles

Laura Lebon: raconter son viol pour avancer


L'écriture comme une thérapie, Laura Lebon dans " Mon combat " se livre 20 ans après le traumatisme du viol. Pour la première fois, elle accepte également de témoigner, avec une maitrise incroyable. Son histoire ? A 10 ans, la petite Laura a été abusée sexuellement par un membre de sa famille. Aujourd'hui, celle qui est devenue mère parle, pour avancer, pour que ses deux petits garçons sachent plus tard !

Photos: Yks Yakusa @ Studio974


Par Chloé Grondin - Publié le Vendredi 28 Mai 2021 à 10:55 | Lu 6813 fois

Qui est Laura Lebon? Voici ce que l'intéressée propose comme réponse :  " Une personne physiquement et moralement très atypique. Une vision de la vie qui ne rentre pas dans les cases. Je fais tout le contraire de ce que l'on doit faire ". Laura est dans l'instinct, son histoire en témoigne.

Pendant 10 ans, en couple avec un homme, elle a ensuite vécu avec une femme pendant 3 ans. Une relation très assumée. Ses relations ont parfois pu être toxiques, elle le sait !
A 32 ans , la jeune femme est également maman de deux petits garçons, des jumeaux, dans un schéma de famille peu conventionnel. En couple à l'époque avec sa compagne, elle a souhaité ardemment devenir mère il y a deux ans. Grâce à une fécondation in vitro cette grossesse a été rendue possible, un ami " lui ayant rendu service" ( sic). Aujourd'hui mère célibataire, elle assume. Elle tient à préciser le cadre de sa démarche: " C'est un choix de vie. Je fais ce que j'ai envie de faire. Ce n'est pas facile tous les jours quand on est seule, mais le jugement des autres je ne m'y arrête pas.

" Il y avait la peur, sans comprendre "
Si Laura Lebon est sous le feu de l'actualité aujourd'hui c'est pour la sortie de son livre le 1er juin, " Mon combat ". Depuis toujours Laura écrit et ce traumatisme épouvantable elle a choisi de le livrer. Son corps tatoué porte les stygmates de son passé, son dernier dessin gravé dans sa peau est une larme, à l'instar du tatouage de Lady Gaga, le signe de tous ceux qui ont subi une agression sexuelle. 

Très factuellement, posément, elle revient sur les faits. A l'âge de 10 ans, un membre de sa famille a abusé de la petite fille, une fois. Ce dernier était un oncle chez qui l'enfant allait souvent. Laura détaille : " il y avait la peur, sans comprendre. J'ai gardé le silence pendant 6 ans. C'est adolescente que j'ai compris et que j'ai commencé à sombrer ".

L'oncle, pour se dédouaner, expliquera que Laura "était en âge"
A l'époque l'adolescente vivait avec sa famille à Mayotte et était très sombre, très en colère. Son frère, dont elle est très proche et qui la "connait par coeur ", l'a appelée pour tenter de comprendre. Pourquoi la très bonne élève n'allait plus en cours, se rebellait sans cesse? Il va insister et finir par réussir  à faire parler sa soeur. Laura va lui révéler le viol tout en faisant jurer à son frère de ne pas en parler à ses parents. Sa mère lui ayant toujours dit que " si il lui arrivait quelque chose elle en mourrait ", l'adolescente ne veut pas que la vérité éclate.
Passionnée d'écriture, mais également se servant de l'écrit comme thérapie face à son mal être, Laura va consigner son histoire sur son ordinateur. Son père va finir par tomber sur ce journal intime et découvrir l'horreur du viol de sa fille. Ivre de rage il va directement se rendre chez l'oncle qui, pour se dédouaner, expliquera que Laura "était en âge". C'est ensuite vers les gendarmes que le père de Laura se tournera et ainsi enclenchera la machine judiciaire.




 


Jamais l'homme n'exprimera des excuses ou des regrets
Laura Lebon va déposer plainte. Un épisode douloureux encore. Il lui faut expliquer, raconter en détails. Une dépression suivra. Un procès à huis clos aura lieu, le coupable ayant alors 70 ans, ne sera condamné qu'à une peine avec du sursis. Jamais l'homme n'exprimera des excuses ou des regrets. Laura voulait juste que justice soit faite, qu'elle soit reconnue en tant que victime. Cela sera chose faite.

Pendant plus de 22 ans, elle n'en parlera plus. Aujourd'hui la jeune maman choisit de coucher sur le papier son drame et analyse très lucidement ce qu'elle a traversé.
Elle détaille : " J'ai gardé le silence car j'avais honte. Je me sentais coupable de n'avoir pas su réagir. En arrivant au lycée je pensais pouvoir choisir avec qui je pourrais perdre ma virginité. On me l'a prise, volée. Je ne voulais pas que les gens aient de la pitié, c'est un sentiment qui me répugne. Pendant 10 ans j'ai été en couple avec un homme qui connaissait mon histoire. Le mot viol me faisait honte. Il n'a pas cherché à en savoir plus. Je me suis oubliée encore plus, j'étais en quête de l'amour et du respect. J'ai enfoui le viol, je n'avais pas le bon comportement ". 

Une notion de dégoût de soi
Elle poursuit : " Pour le jugement j'ai vu des psychologues, victimologues, psychiatres. Cela m'a fait du bien de parler à quelqu'un que je ne connaissais pas mais j'ai été très évasive, ne voulant pas me livrer. Pour moi personne ne pouvait me comprendre. Il faut le vivre pour savoir ce qui nous détruit de l'intérieur. Ce qui m'a aidée réellement, ce sont des échanges avec des personnes qui ont vécu le viol. Je ressens les personnes qui ont vécu ce traumatisme, qui nous relie l'une à l'autre. On se reconnait entre nous, elles savent. Cette notion de dégoût de soi leur parle ".

Aujourd'hui Laura affirme ne plus avoir de colère, être sereine. Elle a fait un travail sur elle-même pour ne plus se faire de mal. Elle a réussi, comme elle le dit si bien " à se pardonner".

 

Libérée de cette gigantesque douleur, Laura veut témoigner. Son message? " Il faut parler, c'est un acte libérateur. Mon livre n'est pas fait que de mots sur le papier. Je suis sortie du statut de victime. Il faut porter plainte même si ce n'est pas facile ".

" Il ne me reste que les cicatrices "
Ce projet de livre, Laura l'a gardé secret, seul son frère était au courant. La soeur sait qu'il sera fier de ce témoignage. Laura conclut, tournée vers le futur : " J'aspire aujourd'hui à une vie simple. Je suis guérie de tout cela même si je n'ai pas oublié. J'ai beaucoup pleuré pendant des années seule dans mon coin, mais aujourd'hui il ne me reste que les cicatrices. J'ai voulu changer de vie, je veux être heureuse. C'est pour mes fils que je fais ce livre, j'ai envie qu'ils sachant un jour. Je ne veux pas qu'ils vivent dans la peur ! ".